CONCIERGERIE DES MONSTRES


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JOURNAL PERSONNAGES ARTISANS

 Séquence du film


 

Cinéma, télé, théâtre, radio, pub, Serge Dupire a roulé sa bosse jusqu'à Paris on le fait tourner sans répit. Au Québec, on se souvient de lui en particulier grâce Au Matou, Les Plouffe et L'Affaire Mesrine dans la série "Les Grands Procès". En incarnant Jacques Laniel, Dupire revient au Québec concrétiser un vieux rêve: celui de jouer un héros.

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Entrevue avec Serge Dupire

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À trente-huit ans, Jacques Laniel est marié, père d'une fille et sergent-détective à l'escouade des Homicides. S'il est politiquement modéré (les policiers de gauche, c'est un mythe politically correct), c'est grâce à sa femme Claire, sociologue spécialisée en histoire contemporaine de l'Amérique.

Le sergent-détective Thomas Colin est l'homme qui l'a le plus influencé. Cet enquêteur de dix ans son aîné, lui a permis d'établir des contacts et d'apprendre les trucs aux Homicides. Un soir alors qu'ils surveillaient un suspect, la décharge d'un .12 tue Colin et une balle de .38 écorche Laniel. Chanceux, il s'en tire avec un bandage, une prescription d'anti-douleur et une cicatrice. Son lieutenant Gustave Blain veut l'affecter aux tâches administratives, mais Laniel n'est pas homme à se laisser engraisser derrière un bureau alors que l'assassin de Tom Colin court toujours.

Alors Jacques Laniel remet son badge et son arme.

Après treize ans dans un corps de police, Jacques Laniel est un manichéen pratique. Il pense et travaille de façon arrêtée. Idéaliste, il croit pouvoir porter le fardeau de la Justice sur ses épaules. Individualiste, il préfère travailler seul plutôt qu'avec un partenaire moins doué que lui. Et surtout, il croit que l'individu peut changer la société.

Exaspérée et épuisée par l'angoisse et l'inquiétude, Claire lui impose un ultimatum. Sa famille ou sa carrière.

Jacques Laniel reprend du service... mais à son compte. L'AGENCE JACQUES Laniel, DÉTECTIVE PRIVÉ est peint sur la vitre givrée de la porte de son bureau/appartement dans un vieil édifice du centre-ville. Avec comme secrétaire un répondeur téléphonique et comme capital, une cicatrice au cou et une pension minable. Le seul héritage de Tom Colin, à part une méthode de travail musclée, c'est son dictionnaire des proverbes. L'utilisant de façon dosée, Laniel compense son manque de culture par des proverbes bien envoyés.

Malgré sa réputation de sale tête dure, une rumeur court: Laniel aurait laissé Colin crever sans lui porter son aide. Mais Laniel s'en fout. L'essentiel, c'est qu'il trouve ceux qui ont tué son partenaire.

Cependant, il n'est pas rare de surprendre Laniel à secouer légèrement la tête pendant qu'il mange, tentant d'effacer des images qui persistent dans sa tête. Il veut une société dans laquelle sa fille pourra vivre sans craindre de se faire violer, tuer ou voler. Il y a des gens qui s'occupent de l'environnement, d'autres de la santé, d'autres de politique.

Jacques Laniel s'occupe des meurtriers.

 

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Entrevue avec Serge Dupire

 

La Conciergerie: Comment avez-vous préparé le rôle de Jacques Laniel?

 

Serge Dupire: Je l'ai préparé très vite, car c'est un concours de circonstance qui a fait que je suis arrivé sur ce tournage là. Je l'ai su à trois semaines d'avis. J'ai principalement travaillé avec Michel Poulette. Je suis quelqu'un qui essaie de rester assez en forme. C'est un rôle qui est très physique, parce que je me fais bousculer assez régulièrement.Je le sens d'ailleurs encore un petit peu! Pour le reste on a travaillé avec Michel, on a essayé de simplifier des répliques, ce n'est pas un personnage qui très loquace, c'est un personnage qui a de l'humour, mais c'est un pur et dur, c'est un gars qui fait les choses pour les bonnes raisons, et peut-être même quelques fois à l'extrême! Donc on a travaillé à partir du scénario, on a beaucoup travaillé le texte, le travail se fait beaucoup aussi sur le plateau. Puis c'est assez amusant, parce que comme ce n'est vraiment pas un rôle de composition, je pense que c'est au fur et à mesure qu'on le tourne que le personnage se fait. Il y a une notion dont on a souvent parlé avec Michel, c'est que le film n'est pas tourné tant qu'on a pas dit: ''coupez!''. Et donc, à chaque fois que l'on tourne une scène, parfois la prise d'après, le texte est un peu changé.Les déplacements sont changés. C'est un travail qui est complètement évolutif.C'est sur qu'on sait le texte, qu'on a décidé d'envoyer le personnage dans une direction plutôt que dans une autre, mais cela, ça se fait au moment où l'on tourne.C'est assez intéressant, parce que dans ma vie, j'ai toujours beaucoup plus préparé que maintenant, ce qui ne me donnait pas une aussi grande disponibilité sur le plateau au moment de tourner.

 

La Conciergerie: Quelle est votre conception de la relation entre l'acteur et le réalisateur ?

 

S.D.: Ça dépend des réalisateurs, moi j'aime m'impliquer le plus possible dans le travail du tournage. Avec Michel, on a eu la chance de répéter avec les autres acteurs. C'est toujours lui, évidemment, qui prend la décision finale. On est tous les deux à créer. Si lui créer tout le film, moi j'apporte tout ce que j'ai pour Jacques Laniel, et c'est lui qui tranche. S'il ne tranche pas dans le bon sens, on va en parler, on va discuter. Mais Michel est un gars très ouvert et il est prêt à pleins de concessions pour le bien du film. Tout comme moi, je suis prêt à plein de concessions pour le bien du personnage, et du film aussi...

 

La Conciergerie: Est-ce qu'il vous arrive d'être en désaccord avec le comportement de Jacques Laniel?

 

S.D.: C'est un problème d'être en désaccord avec son personnage. À partir du moment où tu incarnes un personnage tu n'as plus à être en accord ou en désaccord avec lui. Tu fais les choses, comme elles sont écrites. Tu peux t'expliquer pourquoi tu les fais comme ça. D'ailleurs je dis toujours que c'est plus intéressant de jouer un méchant parce que c'est plus amusant de trouver les raisons qui t'obligent à être méchant que les raisons qui t'obligent à être bon. Là, Jacques Laniel, c'est quand même un bon, parce que c'est un héros, c'est un homme ordinaire qui se retrouve dans des situations extraordinaires.Le fait de retrouver les assassins de son meilleur ami, de son mentor et de son équipier, ça devient une mission pour lui. Vous savez les croisades...

 

La Conciergerie: C'est un idéaliste...

 

S.D.: C'est complètement un idéaliste, en tout cas dans cette situation là, oui! C'est un pur et dur! Il est prêt à aller jusqu'au bout pour connaître la vérité. Évidemment, au bout du film, on sait ce qui se passe, il a eu raison de le faire, mais est-ce qu'on a vraiment raison de faire ça pour connaître la vérité. La vérité dans la vie est tellement changeante...Mais moi, je n'ai pas à être d'accord ou pas d'accord, je le vie...À partir du moment où tu juges ton personnage, tu prends une distance, puis tu perds de l'efficacité quant à l'interprétation.

 

La Conciergerie: Y a-t-il un moment sur le plateau de tournage qui vous a marqué?

 

S.D.: Je me souviens que mon agent m'a appelé à Paris pour me dire qu'il avait lu un scénario qui m'offrait un rôle très physique. Je m'étais dit que ça tombait très bien.Car le dernier truc que j'ai tourné pour la télévision, je faisais un héros de la première guerre mondiale qui a cinquante ans et qui boite, et ce n'était pas du tout physique. Je me suis rendu compte que c'est bien les rôles de composition, mais j'aime bien me servir de tout ce que j'ai aussi!''Tu vas te faire ''bardasser'', m'avait dit mon agent... J'avais complètement oublié ça quand on a commencé à tourner... Et puis la semaine dernière, on a fait des scènes de poursuites et de fusillades. J'ai passé une fin de semaine assez difficile, parce que je m'étais tellement impliqué que mon adrénaline était montée très haut. Je n'ai pas réussi à dormir avant Lundi soir...J'ai dormi, mais je ne me suis pas vraiment reposé... J'étais couvert de bleus, mais c'est pour les bonnes raisons... Puis c'est payant à l'image en plus!

 

La Conciergerie: Payant à l'image?...

 

S.D.: C'est payant à l'image les scènes physiques... Moi j'ai eu la chance d'avoir fait beaucoup de sport, j'ai fait du karaté, donc j'arrive bien à contrôler mon corps... J'ai fait du ballet aussi à l'école, à l'école nationale, après ça j'ai suivi des cours de ballet, j'avais envie d'être danseur quand j'étais plus jeune, donc j'arrive à bien me contrôler... Physiquement, je peux donner l'impression que j'ai mal aisément, je peux arriver à me détendre facilement. Donc lorsqu'il faut que je me projette dans la rue, je peux montrer que cela fait mal, alors que ce n'est pas vraiment douloureux. Mais il reste que quand tu fais les choses violemment, tu ne peux pas frapper à la vitesse réelle, ça ne se verrait pas à l'image, ça serait trop rapide, il faut que tu joues ces choses là. Mais quand par exemple, je pense à la fusillade qui ouvre le film, j'étais tellement remonté, que quand les techniciens ont vu la scène après, ils sont venus me voir et on dit: ''Tabarnak, on avait vraiment l'impression que ça t'arrivait!''. Et effectivement, j'étais couvert de bleus après! C'est payant, parce que même les gens qui le voyait en direct étaient impressionnés. Tu te mets dans une bulle, puis tu y vas, tu te dis: ''Là, je fonce!''. Puis je me lançais dans le char, puis je roulais, puis je tombais par terre, puis ça marche! C'est dans ce sens là que je veux dire que c'est payant.

 

La Conciergerie: Au cinéma, l'acteur est entouré des techniciens. Comment voyez-vous les relations entre ces techniciens et l'acteur?

 

S.D.: Moi j'ai toujours l'habitude de dire comme un bon ''boy-scout'', on fait tous le même film. Si je veux être bien éclairé, je dois être en accord avec le directeur photo, on travaille ensemble. Je suis sur l'écran, mais le gars qui pousse le ''doly'' derrière, pour qu'on arrive au même moment dans la lumière, travaille sur le même film que moi! À mon avis, on travaille ensemble. De toute façon, on est obligé si on veut que ça fonctionne! Moi, c'est un des côtés du cinéma qui me plaît beaucoup.

 

La Conciergerie: Vous êtes en France depuis quelque temps, voyez-vous des différences entre les manières de tourner ici et là-bas?

 

S.D.: Ça fait huit ans que je tourne sur des plateaux français, tu arrives à dix heure et demie le matin, tu te fais maquiller, tu te fais habiller, d' onze heure et demi à midi et demi, tu manges, puis tu as onze heure de plateau ''non-stop''. C'est la façon la plus agréable de tourner au monde, tu ne rentres pas trop tard chez-vous, tu peux éventuellement sortir... Tu ne te lèves pas trop tôt! Tu travailles dans un bon rythme...Peu importe le pays,la différence vient du metteur en scène. Le sujet et la façon de traiter le film y jouent beaucoup. Il y a effectivement une hiérarchie qui est peut-être un peu plus marquée sur les plateaux français. Quand tu es un premier rôle tu es la star. Ici aussi tu es la star, mais tout le monde se parle... Ce qui n'empêche pas le respect des uns des autres.

 

La Conciergerie: Et pour terminer, que pensez-vous de cette phrase de Robert Bresson: '' Un acteur est dans le cinématographe comme dans un pays étranger. Il n'en parle pas la langue.''* .

 

S.D.: Je ne suis pas certain de comprendre ce qu'il veut dire... S' il dit ça dans le sens que l'acteur est un personnage, à qui tout le côté technique du cinéma échappe pour que justement on aille chercher toute sa spontanéité, toute sa vérité, oui, on peut dire qu'il n'a pas tort... C'est vrai dans la situation où t'es obligé de t'oublier complètement pour être au service d'une oeuvre... Hors, c'est très rare qu'on fasse des oeuvres puisque c'est très commercial, malheureusement c'est comme ça... Mais moi j'ai eu la chance de travailler avec des metteurs en scène qui ne considéraient pas les acteurs différemment les uns des autres. Qu'ils soient star ou pas, chacun des acteurs se mettaient au service d'une oeuvre, donc il n'est plus question d'une hiérarchie, on se met au service des personnages, et les personnages au service de l'oeuvre... Et je dois dire que c'est la plus belle façon de travailler, encore faut-il qu'il y ait une oeuvre à créer... ce qui n'est pas toujours le cas...

Cette phrase peut être prise aussi comme une provocation, je ne sais pas... c'est sûrement une provocation... Les acteurs font partie du cinématographe, je ne pense pas être étranger au monde cinématographique puisque j'en fais partie intégrante... Enfin je ne suis pas sûr de comprendre ce qu'il veut dire... Si c'est de la provocation, je suis content pour lui!

 

La Conciergerie: Avez-vous quelque chose à rajouter?

 

S.D.: Je ne sais pas... À plus tard pour un rendez-vous sur le net...

 

La Conciergerie: ...Merci!

*Robert Bresson, Notes sur le cinématographe,Collection Folio, Gallimard, 1975.p.19.

 

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