CONCIERGERIE DES MONSTRES


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JOURNAL PERSONNAGES ARTISANS

 

Séquence du film

 

De Scoop à L'homme idéal, Macha Grenon fait partie des stars de notre industrie.

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La force de caractère, la belle détermination de Claire Ricard, femme de coeur et de tête, sont concentrées avec pulpe dans le rôle de la conjointe du héros qui exige que celui-ci prenne une décision: sa famille ou sa job.

 

Entrevue avec Macha Grenon

 

La Conciergerie: Comment avez-vous construit votre personnage?

 

Macha Grenon: D'abord la construction s'est faite lorsque Michel Poulette m'a proposé le rôle. Nous sommes partis de l'opposition entre ces deux femmes-là qui sont dans la vie de Jacques Laniel. Il a la maîtresse qui est latine avec une bouche pulpeuse, des grands cheveux noirs, et déjà par le physique de la comédienne, on voit un espèce d'éclatement de sensualité, de mystère, c'est vraiment la femme fatale. On se disait qu'il était intéressant de donner un contraste, et qu'il y est en la femme de Jacques, la même explosion, mais que ça soit tout en retenue. Donc Claire est très effacée physiquement, c'est quelqu'un qui est très sobre, qui ne se maquille pas, elle a le regard caché derrière ses lunettes. C'est une intellectuelle qui est moins expressive. J'ai réalisé par la suite, qu'il y a juste un seul moment où je souris dans le film. Et tout ça, c'est un choix de balancier que l'on a fait au départ. Et aussi, qu'est-ce ce qui fait que c'est homme-là va revenir vers cette femme-là, qui est tellement moins flamboyante que l'autre. Donc on disait que ça se passait beaucoup au niveau de ses valeurs morales à elle. Toute sa beauté est un processus intérieur. Parallèlement à ça, ce qui est très intéressant, c'est que je tournais un autre film et je me suis blessé à un pied, ce qui fait que je n'étais pas très mobile, alors déjà mon physique était encore plus dans la retenu, dans l'espèce de statisme que l'on cherchait au départ. Je dis souvent que ce que l'on joue à souvent un lien plus ou moins proche avec ce que l'on vie.

Deuxièmement, le moteur de Claire, du début à la fin, c'est la peur de la mort de l'être qu'elle aime le plus au monde. Et moi exactement pendant ce tournage-là, j'ai perdu mon père. Donc, la mort qui est toujours présente tout au long du film autour de Claire, était toujours présente autour de moi tout au long du tournage.

 

La Conciergerie: Est-ce que vous travaillez avec d'autres comédiens avant le tournage?

 

M.G.: Le rapport entre Serge et moi a été automatique, très intense et très intime. Dès le départ, c'est quelqu'un de très sensible. Et Serge a créé une complicité entre nous par le fait qu'il a perdu son père lorsqu'il était adolescent. C'est étrange, ce qui plane sur le couple dans le film c'est la mort, et notre sujet de conversation principale, c'était le deuil et comment on continue après un deuil important. Tout au long du tournage, il a été d'un soutien moral extraordinaire. Alors j'ai eu une relation avec lui de la même intensité que des gens de mon entourage, qui savaient ce que je vivais.

 

La Conciergerie: Y a-t-il des anecdotes qui vous ont marquées?

 

M.G.: Je portais des béquilles pendant le tournage, à cause d'un accident que j'ai eu sur un autre plateau. Lorsque Michel Poulette a vu ça, il a rajouté mes béquilles dans un flash-back que nous avons tourné, comme si mon personnage s'était blessé à cette époque.

 

La Conciergerie: Qu'est-ce que tu suggères aux gens qui veulent faire le métier de comédien?

M.G.: Moi, je suis autodidacte, je fais ça depuis que j'ai seize ans, et les écoles sont des endroits où on nous apprend à jouer au théâtre, les écoles de formation de cinéma n'existent pas ici. Je pense qu'une école de théâtre est une expérience extraordinaire que les gens peuvent s'offrir. Souvent, je me dis que j'aurais aimé ça; j'aime la relation maître-élève et j'aime le fait d'être quelques années dans le même endroit. Mais ce n'est pas parce que l'on fait pas d'école que l'on continue pas à apprendre. On finit jamais d'apprendre en tant qu'artiste!

 

La Conciergerie: Est-ce que vous avez le goût éventuellement de réaliser ou d'écrire ?

 

M.G.: J'ai tellement de respect pour mes amis réalisateurs, ça prend une diplomatie incroyable, il faut que tu comprennes tous les départements et à partir de ça il faut que tu génères la machine créativement, professionnellement et humainement. C'est souvent le réalisateur qui va donner le ton humain sur le plateau. Je ne sais pas si j'aurais l'énergie de faire ce métier-là. Michel est l'un de ces êtres-là qui semble rester d'une humeur tellement constante sur le plateau. Il réussit à créer une ambiance fort agréable sur les plateaux. C'est un bonheur de travailler avec cet homme-là. Pour ce qui est de l'écriture, j'en ai toujours fait, mon père écrivait beaucoup en tant qu'historien et j'ai toujours été encouragé à écrire, ça toujours été un moyen d'expression bien important pour moi. L'écriture a toujours fait partie de ma vie. Peut-être qu'un jour je porterai ça au médium que je connais qui est le cinéma et la télésérie.

 

La Conciergerie: Il y a des comédiens parfois qui se sentent limités sur un plateau parce que le réalisateur leur dit quoi faire et ils se sentent comme un élément parmi tant d'autres. Qu'en penses-tu ?

 

M.G.: Plus tu deviens mature, plus tu réalises que c'est une relation d'échange. Parce que oui, le réalisateur est-là pour trancher, il est là pour diriger l'ensemble et il voit des choses que toi tu ne vois pas. Mais par ailleurs, avec le temps tu réalises que plus t'arrives préparé, plus t'as des choses à lui proposer et plus tu nourris son travail à lui. Alors ça devient un échange, je pense que si tu arrives là passif et que tu n'as rien à proposer, c'est sûr que tu vas être dicté, on va te dire quoi faire. Quand tu fais un film, c'est comme si tu montais dans un autobus où il y a un chauffeur, qui est un réalisateur. Le film c'est son autobus, tu vas où il t'amène... Sur la route, tu peux proposer des trajectoires. Et je pense que les réalisateurs aiment les acteurs qui sont autonomes et qui arrivent avec des choses à proposer.

 

La Conciergerie: Avez-vous autre chose à rajouter sur la vie en général?

 

M.G.: Mon Dieu!... La vie en général... (Avec l'un de ses sourires) J'ai hâte de voir le film!

 

 

Entrevue réalisée par François Blouin

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